jeudi 24 mars 2011

Aveuglement et Lucidité

A l'écoute : Bleu Pétrole de Alain Bashung

J'ai écris par ailleurs que c'est la vue sur le monde qui change le monde.

Or la vue n'est qu'un processus mental et comme nous l'a appris notamment Svami Prajnanpad, le mental est un comme un écran entre la Réalité et nous. D'autres auteurs, comme Bernard d'Espagnat, repris notamment par Basarab Nicolescu, introduisent le concept de "réel voilé" ou de "zone de non-résistance" comme un "tiers caché" c'est à dire, une part de ce qui est en tant que ni objet, ni sujet, la part qui ne résiste pas à nos sens, nos instruments, nos formalisations, nos rationalisations, nos logiques formelles. La part de ce qui est et qu'on nomme, définit, ni par la "positive", ni par la "négative", la part de ce qui est et qui sans doute est éminemment contradictoire.

Dans cette vue là, l'humain est la Réalité de l'humain, donc selon la logique lupascienne, une tridialectique : à la fois, un "objet", à la fois un "sujet" et à la fois un insaisissable pourtant consistant.

Olivier Penelaud a élaboré un modèle cognitif sur ce schéma ternaire mais pour lui, l'objet est l'attention de l'être (son "avoir"), le sujet est l'intention (son "être" au s.s.) et le troisième pôle existant en même temps, le projet, en tant que rationalité de l'être, (son "faire").

Dans ce modèle là, la vue sur le monde serait sans doute l'attention portée à ce qui est.

En même temps, grâce à l'intention dirigée vers ce qui est, il apparaît sans doute possible, enfin, de réaliser un projet pour ce qui est. Ce "faire" change alors ce qui est car change l'attention portée à ce qui est...

Ainsi, ce n'est pas exactement la vue sur le monde qui change le monde,

C'est le faire qui devient le monde, me semble t il. Le faire attentionnel et intentionnel.

Et d'une certaine manière, cela change tout...

Pour ma part, il m'est arrivé d'être submergé par un regard de l'autre, en oubliant, je le reconnais volontiers, que ce regard n'est qu'une partie réduite de l'être qui interagit ici avec moi et avec le monde.
C'est d'une certaine manière prosaïque, la célèbre croyance que "l'amour rend aveugle", par exemple, car l'aimé, ici, semble t il, confond le regard de l'autre aimé avec le monde qui l'entoure.

Et, pourtant, au delà de l'attention et de l'intention d'aimer, le "faire" de l'amour ne rend il pas très lucide ?